Deux discours sur les faits miraculeux advenus depuis quelque temps à l'endroit de plusieurs pélerins de S. Michel du mont de la mer (1613) Deux discours sur les faits miraculeux advenus depuis quelque temps à l'endroit de plusieurs pélerins de S. Michel du mont de la mer avec les Cantiques ou Chansons sur lesquels ont esté faits lesdits Discours ensemble un sonnet sur la construction et bastiment de l'Église et Abbaye dudit Mont S. Michel en quel temps et soubs quel Roy de France a esté bastie et fondée et par qui / par Christofle de Bordeaux, Parisien, l'an de son aage LXXVI, et ancien Pélerin dudit Mont.- A Paris : Par Fleury Bourriquant, en l'Isle du Palais, ruë Traversante, aux Fleurs Royalles, MDCXIII (Réimpr. en fac-sim à Lyon chez Louis Perrin en 1875).- 22 p. ; 16,5 cm.

DEUX DISCOURS
SUR LES
FAITS MIRACULEUX
Advenus depuis quelque temps
A L'ENDROIT DE PLUSIEURS PELERINS
DE S. MICHEL
DU MONT DE LA MER
AVEC LES
CANTIQUES OU CHANSONS
Sur lesquels ont esté faits lesdits Discours
ENSEMBLE
UN SONNET SUR LA CONSTRUCTION
ET BASTIMENT DE L'EGLISE ET
ABBAYE DUDIT MONT S. MICHEL
En quel temps et soubs quel Roy de France
a esté bastie et fondée et par qui.
Par CHRISTOFLE DE BORDEAUX, Parisien,
l'an de son aage LXXVI, et ancien Pelerin dudit Mont
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A MESSIEURS
LES PELERINS DE S. MICHEL
DU MONT DE LA MER

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MESSIEURS, il y a [dé]jà long temps que j'avois deliberé de vous faire present de ces Discours, qui ont tousjours demeuré en ma mémoire, depuis le temps de mon adolescence ; lesquels j'avois entendus et retenus, tant de mes ayeuls, que pere et mere ; comme le fait estant advenu de leur temps ; ainsi qu'il appert par les Chansons ou Cantiques faites audit temps, qui sont inserées à la fin des dits Discours, et n'y ay rien apporté du mien, sinon que d'avoir mis les dits Discours intelligiblement, pour ceux qui quelque fois ne peuvent pas comprendre un fait à la lettre seulement : comme il se pourra veoir, confrontant les dits Cantiques ou Chansons aux dits Discours : et s'il se trouve quelque chose mal à propos de mon invention, je vous prie de m'excuser, comme voudriez que je fisse en vostre endroit. En fin je diray avec le Psalmiste Royal David :

Deus auribus nostris audivimus, patres nostri annunciaverunt nobis.       PSAL. 43.
O Dieu nous avons oy de nos oreilles ce que nos peres nous ont annoncé.

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LE PREMIER DISCOURS
 
DE SIX PELERINS
 
Qui furent condamnez d''estre pendus et estranglez,
pour un cheval vollé et desrobé, qu'ils avoient
acheté et payé, pour un de leurs com-
pagnons malade, et comment
ils furent

 
MIRACULEUSEMENT DELIVREZ
 
PAR
 
S. MICHEL

 

LE faict est, que six jeunes hommes, despartis de Lorraine, sur les frontieres d'Allemagne, auparavant que Luther eut semé son heresie et venus audit païs, s'estant resolus d'aller en pelerinage à S. Michel du Mont de la Mer, comme de fait il y en va encores plusieurs desdits païs par chacun an : le complot estant fait, et le jour du partement pris, il ne faut douter qu'avant que de partir, et qu'eux (comme estans enfans de bonne maison) ils ne meissent ordre à leur pouvoir de ce qui leur estoit necessaire par le chemin, specialement d'argent, de quoy ils ne manquerent : car, comme, dit est, il ne faut douter qu'ils ne fussent de qualité. Or les voilà partis sains, gaillards et dispos, et en bonne conche, comme on dit : ils traversent leur païs, la Champagne, la Brie, voyent Paris, qu'ils estiment un païs, eu esgard à celuy de leur habitation : sortis de Paris, ils commencent à entrer en Normandie, taschans tousjours à gagner chemins. Mais la fortune advint, que comme entre les viateurs ou voyageurs, il s'en trouve tousjours quelqu'un d'esclopé ou desbauché, soit de lassitude ou autrement : ainsi advint à ceste petite troupe, l'un desquels, et le plus jeune, se trouva tellement debilité, qu'il ne luy estoit plus possible d'aller avant, tant il se trouvoit malade. Ses compagnons estonnez, et ne sçachans que faire pour luy subvenir, voicy un homme incognu, monté sur un cheval d'assez bonne taille, qui s'accostant desdits Pelerins, et voyant cestuy qui estoit malade, leur dit : Messieurs, à ce que je voy, voilà un de vos gens qui est en mauvais estat pour cheminer, voulez-vous achepter mon cheval, il est fort bon, et si je vous en feray prix raisonnable, je n'en ai pas beaucoup affaire, voyez, il est sain et net : Vous ne pouvez faillir quand il vous aura servy vostre voyage, d'en retirer vostre argent. Les jeuues hommes voyans ce remede, et qu'aussi bien il en eut fallu prendre un de loüage, conviennent de prix avecques ledit homme, ne pensans que ledit cheval eut esté vollé et desrobé comme il estoit, et l'ayant payé ils montent leur pauvre compagnon dessus, qui se trouva quelque peu soulagé. Ils s'en vont resjouissans ensemble le long du chemin : le voleur ayant leur argent se retire de leur compagnie, et prend un autre chemin incogneu, craignant d'estre descouvert et attrapé. Or comme une fortune ne vient jamais seule, le malheur voulut, pour ces jeunes enfans, que passans à travers d'une petite ville avecques ledit cheval, et mesme devant la maison et hostellerie où ledit cheval avoit esté vollé et desrobé ; quelques uns des voisins ce voyans, et recognoissans ledit cheval, en advertissent soudain le maistre du logis, qui va apres, accompagné des Officiers de la Justice, qui ayant rencontré les Pelerins, s'attaquent premierement à celuy qui estoit monté sur ledit cheval, qui estoit le pauvre malade : ils sont appellez larrons, volleurs, et qu'ils ont desrobbé ce cheval à cest honneste homme, et qu'ils seront pendus : ils s'excusent, et disent qu'ils n'ont point desrobé ledict cheval, ains qu'ils l'ont achepté et payé. Leurs excuses ne sont point receuës, ils sont menez prisonniers et interrogez : ils desnient tousjours avoir desrobé ledict cheval, ains l'avoir achepté d'un passant, et l'avoir bien payé. Il est ordonné qu'ils auront la question, pour cela ils persistent à leur denegation : Or à faute de trouver leur garend, ils sont condamnez d'estre tous six pendus et estranglez, combien qu'ils fussent innocens du faict. Celuy qui estoit malade, dict lors en plorant : Messieurs, le cheval a esté achepté pour moy, que estoit malade, pour me soulager en chemin : quant à moy je prendray la mort en gré, moyennant que donniez congé à mes compagnons, qui n'y ont aucune coulpe non-plus que moy : je requiers misericorde pour eux, mettez-les en liberté, s'il vous plaist. La Justice ayant grande compassion de ces jeunes hommes, furent d'advis d'intheriner la requeste, ce qu'ils firent, et donnerent liberté aux cinq autres, qui prennent un douloureux congé de leur compagnon, qui les prie qu'à leur retour en leur pays, ils ne declarent point à ses parens la fortune à luy advenüe, ains qu'ils disent qu'ils l'ont laissé malade en quelque hospital, où ils croyent qu'il soit mort. Cecy ne peut avoir esté dict sans grande effusion de larmes, tant d'un costé que d'autre. Les cinq compagnons se retirent en un certain lieu, attendant la fin de leur pauvre compagnon, qui le jour de l'execution, est mené au supplice demy mort, tant de l'apprehension d'icelle, que de sa maladie, de laquelle il n'estoit encore bien guary. Estant parvenu au lieu de la justice, il est monté en l'eschelle, priant Dieu, et Monsieur Sainct Michel, remonstrant tousjours son innocence. Nostre Seigneur ayant pitié de luy, comme il a tousjours soing des pauvres innocens, et lors qu'il estoit sur le poinct de perdre la vie ; cependant que l'executeur preparoit son faict pour l'expedier, voicy un pigeon blanc, ou plustost un Ange, qui descend visiblement du Ciel, qui se met sur l'espaule droicte de l'enfant innocent ; et ne le peut-on faire sortir de là ; empeschant par puissance invisible l'execution. Ce que le peuple voyant, crioit incessamment, que l'enfant est innocent du mal dont il est accusé, et que l'on luy fait tort : Et voyant que le pigeon ou colombe n'abandonnoit point l'enfant, ils se veulent mutiner contre la justice, si on ne le descend. Il est descendu et ramené, ayant toujours le pigeon sur son espaule, jusque à ce qu'il soit delivré à pur et à plein. Le conseil est tenu, ou après avoir long temps debattu et veu l'assistance dudict pigeon, qui ne l'abandonnoit point ; en fin il fut conclud à son absolution, qui fut intherinée, et delivré à pur et à plein, et declaré innocent, luy et ses compagnons, qui sçachans cela le vindrent trouver bien joyeux, et remercians Dieu de la misericorde qu'il leur avoir faict, de les avoir preservez de la mort, et gardé leur innocence : ensemble Monsieur Sainct Michel, qui avoit eu soing d'eux, et avoit assisté leur pauvre compagnon, lors qu'il estoit sur le poinct de perdre la vie à tort et sans occasion, estant innocent ; comme de faict estoient sesdits compagnons. Leur absolution ne fut plustost publiée, que la coulombe ou pigeon se disparut. Les enfans s'estans r'assemblez, s'en vont achever leur voyage, bien joyeux d'avoir eschappé telle fortune. L'hoste eust son cheval pour tous ses frais et despens.

 
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ENSUIT LA CHANSON
OU CANTIQUE
Sur lequel a esté pris le present Discours.

 
Les six enfans se sont partis
d'Allemagne joyeusement,
A Sainct Michel, le bon Baron,
S'en vont grand joye demenant :
Un qui ne peut aller avant,
Malade fut ;
Un larron s'en vint au-devant
Sur un cheval gras et membru.
 
Avecques eux s'accompagna
Plus de les trois quarts du chemin :
Et leur a dict mes beaux enfans,
Cest enfant me faict grand pitié,
Si voulez mon cheval achepter
Je le vous vendray :
Ils ont respondu sans tarder,
Nous l'achepterons si voulez.
 
Dictes-nous qu'il nous coustera,
Loyallement vous le payerons ;
Dix livres il vous coustera,
Rien moins mes enfans tout du long ;
Jamais ne fust un tel cheval,
Ny de tel trot :
Ils l'ont achepté sans ressort,
Ils en furent jugez à mort.
 
Quand le larron tint leur argent,
Hors des enfans se destourna :
Par devant l'huys vindrent passer,
De l'hoste à qui est le cheval :
L'hoste fut subtil et expert,
Apres allit,
Trois sergens meine avecques luy,
Les six enfans rencontré a.
 
Prindrent iceluy pour mieux choisir,
Qui est monté sur le cheval :
Et leur ont dict mes beaux enfans,
Vostre besongne va bien mal,
Desrobé avez le cheval
A ce preud'homme :
Non avons, Sire, non avons,
Dix livres payé j'en avons.
 
Ils furent en prison menez
Les six enfans pour ce cheval,
Et en la gesne tourmentez
Pour mieux recognoistre leur mal ;
Et si fust dict en general,
Et devant tous,
Qu'ils seront pendus hautement,
S'ils ne recouvrent leur garend.
 
Dict celuy qui malade estoit,
Pour moy fut le cheval achepté,
Je prendray bien la mort en gré,
Puis qu'il plaist au doux Roy Jesus,
Mais que mes compagnons tous cinq
Ayent congé :
Le Baillif jura sainct Michel,
Je veux qu'il te soit octroyé.
 
Quand vint à l'eschelle montant,
Au coeur luy vint un pensement :
Dessus l'espaule de l'enfant
Descend du Ciel un pigeon blanc :
Baillif deslie-moy cet enfant,
Si s'en ira,
N'a point desrobé le cheval,
Dix livres payez il en a,
Dix livres payez il en a,
A un larron :
Sainct Michel leur fut bon baron,
Qui les preserva du larron.

~*~

L'AUTRE
ET
SECOND DISCOURS

PEU de temps apres ledict faict advenu desdicts six pelerins, il prend envie à un homme d'estat mediocre, demourant assez loing du Mont Sainct Michel d'aller par devotion faire le voyage dudit Mont : et l'ayant descouvert à un sien amy et compère, ledict compere le prie de permettre qu'il luy face compagnie, et qu'aussi bien il y a long temps qu'il a devotion d'y aller : ils demeurent d'accord, font leurs apprests pour partir en un certain jour, sans en vouloir advertir leurs femmes ; sinon que deux ou trois jours avant leur partement, la femme du premier inventeur dudict voyage ayant descouvert leur intention (comme elles sont tousjours curieuses de tout sçavoir), voulut estre de la partie, disant qu'aussi bien il y jà long temps que l'on luy avoit voüée, et en somme qu'elle y vouloit aller. Le mary estonné de telle curiosité, cherche les moyens de l'en destourner ; lui alleguant la longueur du chemin, les perils et rencontres que l'on peut trouver esdits chemins : outre ce, luy remonstre la garde de la maison, son mesnage, sa famille, et qu'il n'est bon que tous deux abandonnent ainsi leur mesnage et famille ; et que quelques meschans garnemens les sçachans dehors, pourroient (comme mal advisez) piller et voller la maison : joint sa grossesse, qu'elle ne pourroit pas cheminer comme ils pourroient faire. Ces remonstrances ne servent de rien, elle ne trouve rien de difficile ; somme elle y veut aller, et ira plustost toute seule, qu'elle n'y aille. Le mary oyant ceste resolution, ne sçait plus que dire ny que faire, faut ceder à la force, toutesfois contre sa volonté. La femme voyant qu'elle estoit receuë en la compagnie, elle se haste de faire ses preparatifs, se trouve preste au jour assigné, apres avoir mis ordre à la maison et au mesnage. Les voilà donc partis pour commencer leur voyage, ladite femme fort grosse et pres du terme : ce non obstant ils cheminerent tant par leurs journees, que les voila arrivez sur la Greve de la mer, icelle estant retirée : ils voyent le Mont et l'Eglise, mais ils n'y sont pas encores : d'autant qu'il y a encores deux lieuës jusques audit Mont par dessus ladite Greve, du costé d'Avranches. Ils se mettent donc en chemin, par dessus ladite Greve, passent les ruisseaux qu'ils trouvent devant eux. Or eux estans arrivez comme au milieu du chemin, voila les douleurs d'enfanter qui prennent à ladite femme, elle sent des esguillons si preignans qu'il faut de necessité demeurer là. Le Mary et le Compere bien faschez d'un tel accident, et n'ayant aucun remede pour y subvenir, estans loin de la rive et de la terre ; se complaignant, taschent à gaigner sur ladite femme, qu'elle prenne courage, pour gaigner le Mont : il n'est pas possible, tant les douleurs la pressent. Le mary estant desespéré la veut quitter, et s'en aller : Le compère non, qui luy promet toute assistance, et qui ne l'abandonnera point jusques à la mort : le mary la quitte et s'en va : la femme jette des imprecations et maledictions contre son mary, pour l'avoir laissée et abandonnée ainsi à un tel besoin et necessité, et qu'il puisse estre englouty des eaux. Ces imprecations et maledictions ont telle force, que l'on ne sçeut depuis que le mary devint, et ne l'a-t-on jamais veu depuis, et a-t-on doubte, que lors la mer revint, qu'il fut submergé. Cependant les douleurs recommencent de plus fort à ladite femme, qui est sur le poinct de rendre son fruict : et cependant l'on craint que la mer ne revienne : la pauvre femme fait des exclamations, sentant les dernieres angoisses, et dit à ce compere : faut-il qu'aujourd'huy il te passe par devant les yeux, et que d'iceux tu voyes ce en quoy la Nature nous tient obligées, lors de nostre enfantement. Ha ! mon Dieu, pourquoy ay-je esté si mal advisée de quitter ma maison, pour venir icy chercher le mal-heur qui est prest de m'accabler, si Dieu n'a pitié de moy, pauvre creature ! Monsieur S. Michel assistez-moy, s'il vous plaist. Le pauvre compere bien esbahy, la console tousjours : dit qu'elle n'aye doubte, qu'il ne verra rien tant qu'elle soit delivrée. Elle s'escrie de rechef, je n'en puis plus : à l'heure le compere bande ses yeux de quelque linge : il est dit de sa cornette ; qui estoit en ce temps là une espece de coiffure ou habillement de teste, d'autant qu'en ce temps il n'estoit encores question de bonnets ny de chapeaux. Voilà donc ladite femme accouchée d'un beau fils, le compere le reçoit du mieux qu'il peut, l'enveloppe en sa robbe, le met aupres de la pauvre mere, demy-morte. Cependant Dieu permet que voicy deux Religieux, tenans le mesme chemin qu'avoient tenu les dessus-dits : ils entendent les clameurs et les regrets de la pauvre creature, ils s'approchent, le compere leur conte l'accident, et comme tout s'estoit passé, et voudroit bien que l'enfant fust baptisé, crainte de l'inconvenient : il n'y a point de moyen disent les Religieux, d'autant qu'il n'y a ne sel, n'y eau, que de salée. A l'instant furent veus trois Anges, en especes de colombes descendre du Ciel, garnis et apportans en leur bec ce qui estoit requis et necessaire audit baptesme, sçavoir eau pure, sel, et ce qui estoit de besoin.L'enfant est donc baptisé, et est nommé Michel, par l'un desdits Religieux, à l'honneur de celuy pour et à l'intention duquel ledit voyage avoit esté entreprins. Ledit baptesme ne fut si tost parachevé, que par permission Divine, furent oyes toutes les cloches de l'Abbaïe dudit Mont S. Michel sonnantes, sans que personne vivante y mist les mains. Le peuple estonné courut sur la Greve de la Mer, où ils trouverent la pauvre assemblée : l'on fait porter la pauvre femme et son enfant (accompagnez dudit compere et desdits deux Religieux) en la ville, où elle fut pansée et solicitée, jusques à la fin de sa gesine, remerciant Dieu et Monsieur S. Michel de son assistance en un tel besoin et necessité.

 
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ENSUIT LA CHANSON
Sur laquelle a esté fait le present Discours.

 
UN homme et sa femme,
Leur compere aussi,
Au Mont S. Michel
Le voyage ont pris.
     bis.
 
La femme est enceinte,
Enceinte d'un fils,
Estans sur la Greve,
     bis.
Le mal d'enfant la prist.
 
Helas ! mon mary,
Demourons-je icy,
Nenny, dit-il femme,
Point n'y demeurer,
Au Mont S. Michel
     bis.
Je m'en veux aller.
 
Nous prirons à Dieu
Mary si tu t'en vas,
Que noyé puisse estre
     bis.
De ton premier pas ;
 
Que noyé puisse estre
De ton premier pas :
     bis.
Il vint une vague
Las qui l'emporta.
     bis.
 
Et par là cy passe
Un Moine et un Abbé,
Et trois pigeons blancs
Descendans du Ciel.
     bis.
 
L'un apporte le Chresme,
Et l'autre du sel,
Et le tiers de l'eau
     bis.
Pour le baptiser.
 
Le plus beau des Anges
L'a nommé Michel,
Et toutes les cloches
     bis.
Se prindrent à sonner :
Et toutes les cloches
Se prindrent à sonner,
De ce beau miracle,
Qu'est fait sur la mer.

~*~

 
SUR L'APPARITION
DE MONSIEUR MICHEL L'ANGE
ET ARCHANGE DU MONT DE LA MER
 
________
 
AU temps du Roy Clovis, deuxiesme de ce nom,
Saint Michel s'apparut, couvert d'une nuë blanche,
A un nommé Aubert, digne Evesque d'Avranche,
Homme sainct, craignant Dieu, et plein de grand renom.
 
Sçay-tu que c'est, dit-il, il faut que soubs mon nom,
A ce peril de mer, nommé le Mont de Tombe,
Le plustost que pourras un Eglise tu fonde :
Respond, le feras-tu, dy moy ouy ou non.
 
Sainct Aubert entendant le vouloir de l'Archange,
Se met en son devoir, ne le trouvant estrange,
Assemble son trouppeau et fait procession.
 
Sur la cyme du Mont, qu'il trouva large et ample,
Là peu de temps apres feit bastir un beau Temple,
Où maints jeunes enfans vont par devotion.

 

~*~

 
QUATRAIN A S. MICHEL
 
MOY comme grand Prevost du Royaume celeste,
Jadis en dechassay l'orgueilleux Lucifer,
Le faisant tresbucher au plus profond d'enfer,
Ainsi qu'il est escrit au Catholique texte
.
                              Apocalypse, XI.
 
   DE BORDEAUX.

Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Bibliothèque Municipale de Lisieux (10.IV.2000)
Texte relu par : A. Guézou
Adresse : Bibliothèque municipale, B.P. 27216, 14107 Lisieux cedex
-Tél. : 02.31.48.66.50.- Minitel : 02.31.48.66.55. - Fax : 02.31.48.66.56
Mél : bmlisieux@mail.cpod.fr, [Olivier Bogros] bib_lisieux@compuserve.com
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Orthographe et graphie conservées.
Texte établi sur l'exemplaire de la bibliothèque municipale (BmLx : norm 816).
URL d'origine : http://www.bmlisieux.com/normandie/stmichel.htm
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